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Journal de Lavaltrie

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Horticulture

La rose, l’un des produits les plus contrefaits au monde

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Un reportage de Philippe Amiguet,
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Lorsqu’on parle de faux ou de contrefaçons, généralement, on pense à la peinture, à l’argent ou aux copiesde marques prestigieuses, les Gucci, Armani, Vuitton, en ce qui concerne les montres, les habits, les bagages ou tout autre objet griffé.

Qui aurait pensé que le domaine de la contrefaçon puisse se prolonger jusqu’au règne végétal, aux fleurs, aux roses. Et pourtant ! Au chapitre des produits les plus contrefaits à travers le monde figurent les roses, les rosiers portant de grands noms, les Meilland, Dolbart, Kordes, Austin, Poulsen. Car un rosier portant un grand nom, tel un tableau signé ou un objet griffé, a été créé et breveté. Son créateur, à l’instar des peintres ou des designers, a donc droit à des redevances sur sa création, en l’occurrence sur les plants vendus.

Un représentant de la maison Meilland, en France, le troisième producteur de roses au monde, déclarait il y a quelques années, mais la situation ne semble pas avoir tellement changé depuis, que les copies de roses portant de grands noms pourraient représenter quelques 50 à 80% de la production mondiale.

« Pour la série Explorateur, déclare Claude Richer, agronome et chercheuse en régie des plantes ornementales au centre d’Agriculture Canada de St-Jean sur Richelieu, on estime qu’à peine 10 à 15 % des rosiers vendus paient les redevances dues sur la variété enregistrée. Le reste, ce sont des productions non déclarées, même si elles sont vendues sous le nom générique Explorateur.»

Bref d’histoire de l’hybridation
Il est notoire que l’homme a une propansion innée à vouloir influer sur l’ordre de la nature. Mais ce n’est apparemment qu’au XVe et XVIe siècle que la légende affirme que les Hollandais auraient commencé à faire des hybridations végétales volontairement. Auparavant, il semble que la religion l’interdisait et qu’on laissait faire la nature. Les rosiers étaient plantés les uns à côté des autres, toutes espèces mélangées, les semences tombaient à terre et les insectes, la religion ne les concernant pas, s’occupaient de l’hybridation.

Aussi, lorsque la science pu prendre un peu le pas sur l’édit religieux, à l’époque de la Réforme, les connaissances en hybridation des plantes auraient commencé à évoluer radicalement. Donc, aux alentours des années 1600, les Hollandais auraient croisé, entre autres, des antifolias (?) et des moussus.

Et c’est vraiment vers les années 1800 que l’hybridation volontaire, sciemment voulue, humaine, a commencé. L’impératrice Joséphine, femme de Napoléon 1er et grande collectionneuse de roses, aurait initié dans ses jardins quelques croisements. En fait, on peut constater que tant en France qu’en Angleterre il s’est fait beaucoup de croisements à cette époque. Depuis, on calcule qu’il s’est créé plus de 20000 variétés de roses.

Pourquoi créer de nouvelles roses ?
La nature est bien faite, chacun en convient, pourtant une petite amélioration çà et là… Il y a 1001 raisons pour désirer créer une nouvelle rose. Outre la passion, et la patience, du créateur, il y a des raisons esthétiques comme vouloir de nouvelles formes, de nouvelles couleurs. On essaie, aujourd’hui, à travers des manipulations génétiques, d’introduire la couleur bleue chez la rose.

Créer une rose, c’est donc sélectionner des caractères qui n’existent pas naturellement, c’est amener quelque chose de plus à la nature, soit au niveau de la forme, du parfum ou de la couleur ; bref, c’est essayer de trouver une nouvelle fleur qui n’est pas encore sur le marché.

Puis, on peut y mêler également des préoccupations génétiques, économiques et environnementales. On développe actuellement à Agriculture Canada des variétés spécifiques à notre climat, des rosiers arbustifs permanents, rustiques, résistants aux maladies du feuillage, ne demandant que peu d’entretien et surtout une moins grande utilisation de pesticides. « Si on arrivait à substituer ne serait-ce que 50% des rosiers qui sont habituellement dans les jardins par ces nouvelles variétés, poursuit Claude Richer, ce serait un gain majeur au niveau environnemental ».

Mode d’emploi
Créer une nouvelle variété demande beaucoup de temps et de patience. « Ça peut prendre jusqu’à 10 ans à partir du moment où l’on commence les premiers croisements jusqu’à la fin des tests pour le prototype », affirme Claire Laberge, horticultrice responsable de la roseraie du Jardin botanique de Montréal, rosiériste dirait-on en Europe.

Et bien que les créateurs de roses sachent habituellement où ils s’en vont, les combinaisons génétiques peuvent parfois causer des surprises, des résultats inattendus, des mutations, une transformation spontanée du plant : un rosier-buisson, par exemple, qui devient grimpant sans pour autant que les fleurs aient subi de changement. « Il est impossible d’avoir un contrôle total sur la nature », ajoute Claire Laberge.

Les croisements se font en serre pour avoir plus de contrôle sur la plante. Une fois que le créateur a obtenu une rose prometteuse, il faudra qu’il la teste à l’extérieur, dans un champ ou une pépinière, pour vérifier si elle est résistante au climat, aux intempéries et aux maladies.

Alors, lorsque la rose prototype sera prête, le créateur fera une demande de brevet au Bureau de la Protection des obtentions végétales (BPOV) qui enverra trois inspecteurs pour évaluer le nouveau rosier. Ils noteront les caractéristiques spécifiques de toutes les parties de la fleur et de la plante ; feront des comparaisons avec d’autres variétés ressemblantes et en quoi le nouveau plant s’en différencie ; noteront les données de croissance, mesureront… en tout, quelques centaines de précisions et d’images. Puis, ces inspecteurs vont comparer leurs notes et documents, ils vérifieront auprès de l’Association internationale des rosiéristes si le nom prévu n’existe pas déjà ; on peut même faire faire une empreinte génétique de la nouvelle rose. Et, si elle répond à tous les critères de nouveau produit, ils autoriseront le brevet.

« Il en coûte au créateur 1500$ pour le brevet qui est valable 18 ans et 300$ par année pour maintenir les droits de protection », précise Peggy Craig du BPOV.

On comprend qu’il soit important pour le créateur que des redevances soient perçues sur les ventes.Donc, après une dizaine d’années, s’il n’y a pas d’accident ou de mauvaise surprise en cours de route, la nouvelle variété sera prête pour sa multiplication et sa mise en marché. C’est à ce moment-là que se manifestera le piratage.

La rose étant une espèce végétale, quiconque connaissant les techniques de reproduction peut reproduire facilement n’importe quelle plante. La multiplication d’une plante ne demandant pas des moyens techniques très sophistiqués, il suffira pour faire des contrefaçons et les multiplier à l’infini, et ainsi éviter d’avoir à payer des redevances au créateur, redevances qui varient entre 0.10$ et 1.25$ le plant vendu, de se procurer un bourgeon d’une variété brevetée et de le greffer sur un porte-greffe, généralement un rosier sauvage. Cette multiplication peut également se faire in-vitro à partir du bourgeon, une méthode qui a l’avantage de donner des milliers de plants plus rapidement que par greffe.

Les fleurs contrefaites, absolument identiques à la fleur originale, ne sont pas repérables et sont généralement vendues sous une autre appellation. Il s’agit en fait d’une multiplication et d’une vente illégale sous une fausse identité.
Il est vrai que ce commerce se pratique beaucoup plus en Europe et aux EUA qu’ici, la compétition étant plus forte et le marché beaucoup plus important.

« Qu’il achète un rosier breveté sous une fausse identité ou un vrai rosier breveté à un pépiniériste qui va payer des redevances à son créateur, dit Claude Richer, le consommateur, lui, généralement s’en fiche. Ce qu’il veut, c’est simplement se procurer un rosier jaune, ou rouge, ou blanc. Et le pépiniériste peu scrupuleux se dira : on le faisait avant sans payer, pourquoi paierait-on maintenant ».
Il est vrai que, souvent, les gens jettent les étiquettes et oublient le nom du rosier qu’ils ont acheté.
« Il est aussi vrai, ajoute Claire Laberge, que tous les rosiers peuvent se ressembler pour quelqu’un qui ne connaît pas, mais lorsqu’on se donne la peine de comparer les fleurs, les feuilles, les aiguillons, les tiges décrites sous une appellation, on peut rapidement se faire une idée assez juste de ce qu’on nous vend. Les appellations pirates ne figurent pas dans les nomenclatures existantes ».

Recours ?
Alors que peut faire un créateur pour non seulement protéger et vivre de ses créations, mais également continuer à chercher, améliorer et proposer des nouvelles variétés ?

Même si la loi sur la Protection des obtentions végétales prévoit des sanctions relativement sévères – de 3 à 5 ans d’emprisonnement et de 1500$ à 5000$ d’amende dans le cas d’un individu et d’un minimum de 25000$ d’amende dans le cas d’une personne morale – il y existe tellement de facilités de passer à côté de la loi, elle a si peu d’application actuellement, qu’avant de porter plainte et de poursuivre, un créateur va calculer les coûts engendrés par rapport aux gains escomptés. Dans beaucoup de cas, ça va rester sur les tablettes. Beaucoup de créateurs préfèreront vendre une licence de production sur leur création, vendre leur plant à un producteur qui leur paiera un montant forfaitaire et ensuite passeront à autre chose.

Il y a bien sûr toujours de l’amélioration à espérer dans une loi et son application. Il y a 7 ans, il n’y avait rien, aucune protection pour les plantes ornementales. Aujourd’hui, il existe la possibilité de protéger légalement, même si c’est encore imparfait, ou le nom ou la plante, suffisamment pour pouvoir donner des licences de production et contrôler une partie des distributeurs. On peut imaginer que dans 4 ou 5 ans, les choses auront encore évolués et qu’il y aura alors un contrôle plus serré.

« On ne peut pas imposer d’un coup à une industrie qui n’avait aucune règle à suivre des règlements utilisés en Europe depuis des décennies, précise Claude Richer. On essaie de faire un pont entre les deux et, depuis 7 ans, il y a une très grande évolution dans la façon de faire, dans l’attribution des licences, dans la capacité de combattre les contrefaçons. Il y a également maintenant une meilleure compréhension dans le milieu de l’utilité de trouver de nouvelles variétés, ajoute madame Richer. Par exemple, j’ai 22 variétés non protégées sur le marché libre. On offre aux pépiniéristes ce qu’on appelle des gentlemen agreement, c’est-à-dire une possibilité de payer volontairement des redevances qui seront réinvesties dans la recherche. Et plusieurs ont accepté ».

 

Mise à jour le Lundi, 10 Août 2009 21:07